lundi 19 mars 2018

Questions/Réponses à propos du post précédent.






Après avoir encore délaissé ce blog quelques temps, je reviens en mon antre numérique pour :
1) remercier toutes celles et ceux qui nous ont massivement adressé des messages de soutien en cette période tumultueuse
 2) répondre à quelques questions qui m’ont été posées, directement ou indirectement, à propos de notre histoire avec Fodé.

(Par souci d’honnêteté intellectuelle, je précise au passage qu’il pourra m’arriver de légèrement reformuler - oh, mais si peu – certaines des réactions parfois vivifiantes qui circulent sur les réseaux sociaux.)




Rodrigue : « Comment diable vous êtes-vous retrouvés dans une association d’aide aux migrants ? C’est pas banal, cette affaire ! »


C’est une discussion téléphonique avec une libanaise à propos de la série « Seuls » qui a servi de déclencheur.
Je cherchais en effet à rédiger une sorte de « Manuel de Survie pour Enfants » (inspiré du « Manuel des Castors Juniors » de mon enfance - un projet que je compte finaliser d’ici environ 2 ans, soit-dit en passant) et m’étais mis en tête de discuter avec des personnes du monde entier ayant traversé des évènements difficiles.

Or, alors que j'échangeais avec cette personne qui vit au Liban et a traversé plusieurs guerres civiles, nous avons commencé à évoquer le sujet des migrations : cette femme m’a en effet raconté sa propre frayeur devant l’arrivée de nombreux migrants du sud-Liban qui venaient s’installer dans son quartier.



« De loin, je ne savais pas trop quoi penser de ces gens, s’ils étaient sympathiques ou dangereux, et du coup, je ne savais pas comment me comporter vis à vis d’eux » me disait-elle. « Puis j’ai suivi le conseil d’un ami, qui m’a proposé d’aller y voir de plus près, en passant près de leur campement une première fois, sans forcément m’arrêter longtemps, juste pour un premier contact, avant de revenir quelques jours après, pour les revoir à nouveau, etc… Ce que j’ai fait. Et c’est comme cela que j’ai fini par ne plus avoir peur d’eux, en constatant qu’ils étaient des gens comme les autres, qui avaient dû quitter leur maison en catastrophe et avaient juste besoin d’aide. »

Cette petite phrase m’est restée longuement en tête, avant de me pousser (avec ma femme Géraldine) à aller aussi « y voir de plus près », dans une association nantaise d’aide aux mineurs isolés. La suite, ça a été cette belle rencontre avec Fodé – une rencontre qui s’est toutefois étalée sur plus d’un an, car il faut du temps pour apprendre à connaître l’autre, avant d’oser se lancer et lui faire confiance.





Paulina : « Suite aux articles parus dans la presse ou sur le web, où en êtes-vous avec la Préfecture de Nantes ? »

He bien il semblerait que la Préfète Nicole Klein s’intéresse désormais d’assez près au dossier de Fodé, et que notre demande de « recours gracieux » (permettant d’annuler la décision précédente de refus de titre de séjour) puisse être accepté. En revanche, cela concernerait plutôt un visa « étudiant » au lieu de « Vie et Famille ». Mais c’est un début, et nous comptons bien poursuivre nos démarches pour permettre à Fodé de rester encore avec nous.







Michel : « Ne le prenez pas mal, mais ne serait-il pas typique d’une certaine gauche bien-pensante que de préférer aider des migrants – si exotiques et pittoresques – au lieu d’aider de bons français bien de chez nous ? Cordialement. »

Peut-être me faut-il préciser que Géraldine et moi avons aussi parfois aidé de « bons français bien de chez nous », en logeant par exemple pendant 6 mois une personne qui avait besoin d’un hébergement, ou en prêtant pas mal d’argent à un Sdf du quartier, etc... Simplement, ces personnes ne risquaient pas une expulsion contre leur gré, et nous n'avons comme qui dirait pas jugé utile de communiquer dessus (... on aurait peut-être dû, remarquez : ne serait-ce que pour retrouver le Sdf quand il s'est barré avec notre argent, haha).



Hector : « En hébergeant un migrant, il est possible – mais je ne suis sûr de rien – que vous participiez à un appel d’air qui pourrait – c’est en tous cas mon humble hypothèse – attirer moult autres migrants dans notre si beau pays, au risque de le fragiliser.  Avec tout mon respect. »


 



De fait, la question des flux migratoires est infiniment complexe, et je ne serai pas de ceux qui affirment avec 100% de certitude qu’il faut ouvrir totalement nos frontières à tous les migrants.

Et je ne peux que constater que les pays qui sont en première ligne de ces flux migratoires ont parfois bien de la peine à gérer ces situations de crise humanitaire : mais le rôle de l’Europe devrait précisément être de tenter de gérer cette question de manière globale, au lieu de regarder ailleurs. La récente réaction de replis qui s’est manifestée dans les urnes italiennes, si elle m’inquiète beaucoup, ne m’apparait en revanche guère surprenante, quand les autres pays supposés être solidaires ne bougent pas un orteil (ou presque) pour aider la péninsule à encaisser des vagues migratoires qui ne sont pas près de s’arrêter.




Je ne suis donc sûr de rien… si ce n’est tout de même que, d’une part, la majorité de ces migrants est en danger de vie ou de mort et qu’ils ont donc désespérément besoin d’aide, et que, d’autre part, la France me parait plus solide et forte que certains patriotes autoproclamés ne semblent paradoxalement le croire. Ceux qui nous imaginent déjà victimes d’un « grand remplacement » sous-estiment selon moi l’immense capacité d’intégration dont notre pays a déjà fait preuve jusqu’à ce jour (avec les vagues polonaises, italiennes, pieds noirs, algériennes, portugaises, et j'en passe…). A mes yeux, la France n’est pas un « Grand Corps Malade » : je la crois au contraire puissante, saine, pleine de ressources, et je me sens donc tout aussi patriote que d’autres.





En revanche - et je rejoins les sceptiques sur ce point - cette question exige de penser sérieusement une vraie politique d’intégration, et donc d’y mettre des moyens (ceux et celles qui ont déjà vécu dans un ghetto de banlieue voient de quoi je veux parler), sans quoi des heurts évidents peuvent parfois se produire entre des populations aux mœurs fort différentes.

Et d’autre part, tout cela ne doit bien entendu pas dédouaner les pays d’origine de ces migrants d’une authentique remise en question... Car des nations qui font fuir leurs habitants ont quand même généralement un réel problème à régler, non ? (…même si une partie de ce problème peut provenir des contrecoups à long-terme d’anciennes colonisations, ou tout simplement des conséquences désastreuses d’un libéralisme mondial ahurissant… mais nous n’allons hélas pas pouvoir aborder tous ces sujets en un seul post).



Louis-François : « Voulez-vous que je vous fasse suivre certaines réactions très très très critiques que j’ai pu lire, ça et là sur le net, à propos de votre histoire ? Elles sont parfois instructives, même si très très très mordantes. »






Je comprends parfaitement que des gens ne soient pas d’accord avec moi et aient envie de le faire savoir à leur manière. Après tout, c’est aussi ça, « l’esprit Charlie » pour lequel nous avons été si nombreux à défiler le 11 janvier 2015 :  savoir accepter l’expression de toutes les opinions, aussi corrosives soient-elles.

En revanche, de même que personne n’est obligé de lire Charlie Hebdo, je ne me sens aucunement obligé de lire tous les post qui me concernent.  Et si je suis prêt à entendre la contradiction quand elle est formulée de manière courtoise (comme les jolies questions proposées sur ce blog), je m’autorise par contre joyeusement à ignorer tout le reste.

Mais c’était gentil de proposer, Louis-François.