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mercredi 4 février 2015

Marche des Auteurs


Vous l'avez peut-être vu ou entendu, mais une Marche des Auteurs pour la Création a été organisée à l'occasion du 42ème Festival d'Angoulême...

Autant vous dire que ça m'a fait quelque chose de voir autant d'auteurs de BD réunis ensemble pour une cause commune.



A cette occasion, le Snac m'avait demandé de renouer un peu avec mon activité syndicale et de prononcer un discours.

Je me permets de vous en communiquer ici le texte complet (écrit avec l'aide précieuse des membres du Comité de Pilotage du Snac : qu'ils en soient ici infiniment remerciés).

"Cher(e)s ami(e)s

Cette marche, nous l'avions prévue il y a déjà plusieurs mois, pour dénoncer la précarité grandissante et alarmante dans laquelle se trouvent de nombreux auteurs de BD.

Mais avant d'en revenir à ces préoccupations profondes, et suite aux récents évènements qui ont bouleversé le pays, il est évident que si nous sommes réunis aujourd'hui, c'est aussi pour rendre un hommage aux victimes des attentats des 7 et 9 janvier.

A toutes les victimes bien entendu, mais plus particulièrement, puisque nous sommes aujourd'hui à Angoulême, aux journalistes et caricaturistes de "Charlie Hebdo", parmi lesquels beaucoup d'entre nous comptaient des ami-e-s proches. Car comme l'ont prouvé les Grands Prix d'Angoulême remis par le passé à Reiser, Pétillon, Wolinski ou Willem, les liens entre Bande-dessinée et Dessin de Presse ont toujours été forts et nombreux : et si nos manières de travailler sont différentes, nous appartenons bien à la même famille.

C'est pour eux tous que nous avons donc une pensée particulière aujourd'hui : pour les survivants, qui n'ont maintenant plus d'autre choix que de réapprendre à vivre; et pour les disparus : Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré et tous ceux qui ont été tuées juste parce qu'ils travaillaient à Charlie Hebdo et qu'ils y "dessinaient et imprimaient des petits bonzhommes avec des gros nez".

Et il y a d'ailleurs là une situation suffisamment absurde et tragi-comique pour être soulignée : il a fallu que des terroristes s'en prennent à des caricaturistes pour qu'on se rappelle que dessiner n'était pas si anodin.

Et à l'heure où, dans notre profession, certains se prennent à douter, se demandent si ce qu'ils font a un sens, s'il y a encore le moindre intérêt à faire nos "petites cases à la con", nos "petites BD", tout seul dans notre coin, ces meurtres constituent une violente et aberrante piqûre de rappel : il faut croire que dessiner peut parfois avoir du poids, puisqu'on peut se faire tuer pour ça.
Bien sûr, ça ne fait pas des auteurs de "Charlie-Hebdo" des super-héros, des saints ou des martyrs, et ça fait encore moins de tout dessinateur de BD un résistant ou un militant engagé  (et non, effectivement, les "Aventures de Rififi le Canard" ne sont pas toujours un brûlant pamphlet lancé à la face du Pouvoir) : mais, tout de même, oui, il faut croire que s'exprimer par le dessin doit avoir un tout petit peu de sens, puisque des milliers de personnes, en France et dans le monde entier, ont brandi des crayons lors des manifestations des 10 et 11 janvier.

Or le paradoxe absolu de cette situation, c'est qu'alors même que l'on voit fleurir partout les preuves d'un puissant attachement au dessin, à la liberté d'expression et à la culture, notre profession se porte mal, nous obligeant aujourd'hui à manifester notre colère.
Il y a presque 40 ans, il a fallu que les auteurs et artistes "descendent dans la rue" pour être entendus et pour que l’État crée un régime de sécurité sociale adapté à leurs réalités.
Il a fallu insister encore -  et pendant des années - pour que les auteurs bénéficient en 2012 du droit à la formation professionnelle continue, alors même que ce droit est reconnu pour tous les français - et depuis bien longtemps - par la Constitution.

Mais, au terme de ces avancées sociales durement acquises et alors que le marché du livre connaît une crise importante, une lettre du président du Conseil d'Administration du RAAP a provoqué l'incompréhension, et la colère dans toute la profession, auteurs et artistes confondus. Cette lettre du 5 mai 2014 annonçait une réforme du régime de retraite complémentaire obligatoire, dont les modalités, décidées sans concertation avec les auteurs, reviendraient à nous retirer chaque année l'équivalent d'un mois de revenus – alors même que l'immense majorité des auteurs gagne moins que le SMIC.

Depuis cette date, les auteurs et artistes - et en particulier ceux du groupement Bande-Dessinée du Syndicat National des Auteurs et Compositeurs - se sont mobilisés et ne cessent de dénoncer un dialogue à sens unique : car le Conseil du RAAP ne nous entend pas, annulant même les dernières réunions prévues, ce qui nous semble pour le moins irresponsable alors même que notre mouvement ne faiblit pas, bien au contraire : il prend de l'ampleur.

C'est pourquoi nous nous tournons aujourd'hui vers Le Président de la République, Monsieur François Hollande.

Nous vous demandons, Monsieur le Président - ainsi qu'à Madame Marisol Touraine, Ministre des Affaires Sociales - de prendre vos responsabilités et de négocier avec les véritables partenaires sociaux : les organisations représentatives des auteurs et artistes ! Nous vous demandons d'intervenir pour qu'une réelle concertation s'établisse avec des interlocuteurs pertinents et prêts à avancer avec nos représentants.

Nous ne remettons pas en cause le principe de la proportionnalité, mais le taux trop élevé - de 8% - choisi sans concertation, qui est irréaliste, inacceptable et contre-productif au vu des revenus moyens de l'ensemble de la profession.

Monsieur le Président, faut-il vous rappeler que les auteurs et les artistes, outre leur importance symbolique et culturelle, sont aussi à l'origine d'une richesse économique qui confère à leur secteur la troisième place de contributeur au PIB, devant l'industrie automobile ? Faut-il aussi vous rappeler que les artistes et auteurs ne pèsent rien sur l'assurance chômage - puisque nous n'en bénéficions pas - et pas plus sur les comptes de la Sécurité Sociale et de l'Assurance Vieillesse ?

Monsieur le Président, cette marche des auteurs pour la création, vous devez le comprendre, n'est qu'une des premières démonstrations d'un mouvement social inédit pour une profession pourtant réputée individualiste et désorganisée, mais aujourd'hui mobilisée et déterminée. 
Il est désormais de votre responsabilité de faire, en lien avec le Ministère de la Culture, le Ministère des Affaires Sociales, et les organisations représentatives des auteurs, les bons choix pour la culture et pour le rayonnement de la France. 
Car nous pouvons vous assurer que nous resterons attentifs et mobilisés."

 (toutes les photos présentées ici sont de Chloé Vollmer-Lo).

mercredi 19 février 2014

L'Europe, c'est beau comme un Lobby


Derrière ces beaux visages souriants et multi-ethniques à la parité plus que respectée, se trouve une consultation Européenne un tout petit peu moins avenante.

Car sous couvert d'interroger tout un chacun (et en particulier les créateurs) sur la notion de droit d'auteur en Europe, cette enquête semble avoir été légèrement orientée par plusieurs lobbies aux intérêts certes bien compris mais guère compatibles avec ceux des auteurs français.

Au final, les syndicats d'auteurs français et le SNE (Syndicat National des Editeurs) sont pour une fois d'accord sur la question : on assiste là à une tentative d'affaiblissement de la notion de droit d'auteur en Europe, soit disant pour une meilleure diffusion de la Culture. Rien de  neuf sous le soleil du libre échange.

Or donc si vous n'êtes pas auteur mais êtes juste soucieux de défendre le droit d'auteur en signant une pétition de soutien, allez donc sur le site du Snac pour y lire le post intitulé : "Appel des Créateurs pour le droit d'Auteur" et nous soutenir par une petite signature.

Et si vous êtes auteur-mais-pas-encore-affilé-au-Snac-m'enfin-il-est-temps-de-se-bouger, allez vite sur le site du SNAC pour y lire le même post ("Appel des Créateurs pour le droit d'Auteur") puis demandez vite au Snac des conseils pour répondre à la Consultation en question (qui est quand même entièrement en anglais et comporte 80 questions : un modèle de démocratie à l'échelle européenne; pas évident d'y répondre sans mode d'emploi, donc).

En cas de doute, une fois n'est pas coutume, demandez plus d'info à votre éditeur, il sera normalement au courant, et cette fois-ci, ouf, nos intérêts convergent !  Voilà qui ne manquera pas de réchauffer l'atmosphère de nos diners communs en festival.




mercredi 20 juin 2012

Ils le font exprès ou bien ?

Comme le disait il n'y a pas si longtemps Bob le Cowboy sur ce blog : "Dans le numérique, tout va très vite".



De fait, alors même que je venais d'écrire un post pour le Comptoir de la BD de Sébastien Naeco, ailleurs, dans un lieu sans doute souterrain et caché de tous, se tramait rien de moins qu'un sympathique petit accord des familles conclu entre Google et le SNE (Syndicat National des Editeurs), omettant (c'est ballot) d'inclure le CPE (Conseil Permanent des Ecrivains, qui regroupe tous les organismes représentatifs des auteurs, dont le Snac). Tout cela est très bien résumé par la revue en ligne OWNI.





Résultat des courses, et contrairement à ce que je venais juste de dire avec un optimisme qui forçait le respect dans le post du Comptoir de la BD, les négociations entre SNE et CPE se sont soudainement envenimées, comme cela est expliqué sur le site d'Actualitte


… Car ce pacte entre Google et le SNE, mis en perspective avec la récente loi votée à l'Assemblée sur les "livres indisponibles", risque fort d'avoir des répercussions multiples et très inquiétantes, que l'avocate Isabelle Sivan analyse très bien sur son site.

En gros : il y a un risque pas complètement anodin que les auteurs soient mis de force au pain sec et à l'eau pour encore plus longtemps que prévu.



Bref, la seule bonne nouvelle de cette avalanche d'embrouilles à répétition, c'est que ça me donnerait presque envie de re-dessiner du Bob le Cowboy, tiens.

Mais est-ce réellement une bonne nouvelle ?



jeudi 26 janvier 2012

Rions un peu à Angoulême

Si vous faites parti des festivaliers, traquez donc ce magnifique flyer de l'Oncle Snac. A la fois collector et édifiant !


Et n'oubliez pas de vous rendre au pavillon Jeunes Talents, samedi à 14h, pour écouter des gens sympathiques du Motif, et puis des auteurs tout aussi sympathiques du Snac, qui vous parleront avec entrain du "Contrat d'Edition BD Commenté".

Comment ?! Vous ne savez même pas de quoi je veux parler ? Eh bien si vous êtes auteur de BD, et que vous vous sentez parfois un peu démuni face aux contrats qu'on vous propose, allez vite récupérer gratuitement ce précieux document ici, en allant ensuite cliquer dans la rubrique "téléchargements" en haut à droite de la page d'accueil.




Véritable mode d'emploi basé sur la pratique et les contrats en cours, cette brochure évoque les situations les plus souvent rencontrées, propose des clauses alternatives, donne des pistes pour négocier autrement. Sur près de 200 pages, outre des dessins illustrant avec humour les relations parfois tendues entre auteurs et éditeurs, on trouve des réponses concrètes sur toutes les questions que peut soulever la rédaction, parfois technique, d'un contrat : cessions de droits, éléments de rémunération, mévente, respect du droit moral, diffusion sous une autre forme que l'album courant, commercialisation, etc.

Des heures de rire en perspective.

samedi 7 mai 2011

Droits numériques : quelques réflexions personnelles suite à la lecture du rapport du B.I.E.F


Histoire d'essayer de m'y retrouver dans le dédale du numérique, j'ai récemment lu le rapport "Achats et ventes de droits de livres numériques : panorama de pratiques internationales", du Bureau International de l'Edition Française, résultat d'une étude tout à fait intéressante menée par quelques représentants de l'édition dite "classique" (Hachette, Gallimard, Flammarion…) dans différents pays, tels que USA, Japon, Allemagne, Italie…

Un beau boulot, qui peut nous servir de base de réflexion, même si je ne serai évidemment pas tout à fait d'accord avec toutes leurs conclusions, comme lorsqu'ils laissent entendre que, non, dans leur immense majorité, les auteurs ne sont pas du tout embêtés par les contrats numériques qu'on leur fait signer…

Euh, aux Etats-Unis, je ne sais pas, mais en France, et concernant la BD, si, si, on râle un peu, quand même. Peut-être la fameuse exception française ?...


Comme j'ai déjà abondamment abordé les points de divergences entre éditeurs et auteurs dans de précédents posts, que la situation de négociation entre SNE et syndicats d'auteurs n'avance qu'à pas de fourmi (…si elle avance ?... Mais sur ce point, le SNAC en saura plus que moi), il me parait maintenant plus intéressant de lister les points sur lesquels nous pourrions nous mettre d'accord plus rapidement, histoire de pouvoir d'ores et déjà apporter quelques améliorations à nos contrats en cours.

Car - et je le rappelle avec une légère amertume - il est actuellement presque toujours impossible à un auteur de BD de signer un contrat pour un livre papier sans en signer la clause numérique telle que proposée par nos éditeurs (à savoir 8% de droits d'auteurs sur le prix de vente, et une cession pour 70 ans après notre mort) … Un refus est considéré ici comme un "dealbreaker", comme l'appellent les américains.


Mais allons, haha, ne nous laissons pas abattre et rebondissons allégrement sur les points qui pourraient faire l'unanimité à mes yeux.

J'en retiendrai trois à la lecture de ce rapport :

Premièrement, en ce qui concerne l'édition "classique", de nombreux éditeurs étrangers semblent d'accord pour tendre vers un pourcentage proche de 15% du prix de vente, pour les auteurs...

C'est certes moins que ce que nous voudrions, mais c'est toujours mieux que 8%.

Cela semble qui plus est aller dans le sens des déclarations de Mr Gallimard lui-même, actuel président du SNE, qui laissait entendre il n'y pas si longtemps dans "Le Monde", si je me souviens bien (mais c'est à vérifier), qu'il devrait pouvoir être envisagé de tendre, en matière de droit d'auteurs numériques, vers ce qui se fait de meilleur en droit d'auteur sur le livre classique (soit 14 ou 15%).

C'est pas encore tout à fait ça, mais ça nous donnerait déjà un peu moins l'impression de signer ces contrats avec notre sang.



Deuxièmement, on voit dans le rapport du B.I.E.F qu'une partie des éditeurs américains semblent trouver naturel d'accorder un pourcentage supérieur pour les titres du fonds, ceux pour lesquels on demande aux auteurs la signature d'un avenant numérique supplémentaire (ce qui se pratique en France pour les albums dont les contrats ont été signés avant 2008, en gros).

Alors pourquoi ne pas faire un geste, vis à vis des auteurs, lors de la rédaction de ces avenants, en nous proposant un pourcentage de 20 ou 25% sur ces livres déjà amortis ?
Voilà qui ramènerait un peu de couleurs à nos jolies petites joues rendues pâles par l'hiver !


Troisièmement, on voit apparaître dans certains contrats étrangers une clause intéressante stipulant que si l'œuvre se retrouve piratée sur internet, alors la cession numérique est aussitôt rendue caduque et les droits numériques reviennent à l'auteur !

On peut en effet débattre longuement des dangers éventuels du piratage, mais quoi qu'il en soit, une telle clause semblerait tout à fait logique, étant donné que l'argument de la "protection contre le piratage" est régulièrement mis en avant par nos éditeurs pour nous demander de leur céder nos droits.
Si donc les éditeurs refusent cette clause, je serais curieux qu'ils nous expliquent pourquoi.

Sur ce, bonnes négociations, les petits amis ! Que votre "pêche à la bonne clause" soit miraculeuse !

mercredi 22 décembre 2010

Questions Récurrentes sur 8comix



Q : Vous avez monté ce site en réaction au manque de concertation de vos éditeurs ? C'est une action de votre syndicat ? (Elliot)

R : Ce n'est ni une action contre nos éditeurs (la preuve en est que certains d'entre eux ont accepté de jouer le jeu de notre site), ni une action syndicale du Snac (je dirais même que certains membres du Snac ne sont pas plus emballés que ça pour cette initiative de "gratuité"). Cf ci-dessous.





Q : De la mise en ligne gratuite ? Mais vous sciez la branche sur laquelle vous êtes assis !! Comment allez-vous financer la création de vos albums, ou bien éviter que cela ne fasse chuter les ventes de vos livres ?! (bernard)

R : C'est tout l'intérêt de l'expérience...

Nous ne sommes pour l'instant sûr de rien, et bien malin qui pourrait dire ce que sera l'économie numérique d'ici 5 ou 10 ans. Nous savons juste que le modèle à venir sera sans doute très différent du paradigme existant. Et nous préférons tenter des choses (y compris une mise en ligne gratuite) plutôt que d'attendre passivement.

Mais ta question sur le financement de la création est tout à fait pertinente. En ce qui concerne les auteurs ayant participé à 8comix, chacun s'est débrouillé à sa manière.

Certains ont bossé gratos dans leur coin et, de fait, conserveront donc tous leurs droits sur la BD mise en ligne (avec éventuelle possibilité de vendre "à la coupe" leur BD par la suite : les droits de publication papier à tel éditeur, les droits d'adaptation audiovisuel à tel producteur, etc... Mais je laisserai les auteurs concernés en parler mieux que moi).

C'est un choix courageux car potentiellement risqué : si leur projet ne marche pas, ils auront travaillé pour rien.

D'autres ont conclu un deal avec un éditeur de manière à pouvoir être payés en amont pour la création de l'oeuvre.

En ce qui me concerne, j'ai ainsi signé un contrat "classique" avec Franck Marguin, chez Glénat, qui a de son côté accepté le principe d'une mise en ligne gratuite et permanente de l'album sur 8comix. Nous nous sommes simplement mis d'accord pour que la mise en ligne se fasse par épisode, et que l'album "papier" sorte presque au début de cette web-publication, et non après.

Quant à Jason, il a accepté l'idée d'une lecture gratuite en y voyant une manière de faire connaître son travail à un plus grand nombre de lecteurs. Car son dessin très minimaliste peut dérouter, et nombreux sont ceux qui n'ont jusqu'à présent pas pris la peine d'acheter un de ces albums pour se faire réellement une idée.
Alors que moi je dis : "Jason, l'essayer c'est l'adopter".

Finalement, cette histoire de gratuité, c'est un peu le même débat que pour le piratage : cela fait-il plus de mal que de bien aux ouvrages concernés ?...
Les avis sont sérieusement partagés sur ce sujet, c'est le moins qu'on puisse dire ! Et je ne prétends pas avoir une opinion complètement tranchée sur la question.
Mais c'est précisément pour cela qu'il sera par exemple très intéressant pour moi de voir si cette mise en ligne gratuite de "L'île aux 100 000 morts" sur 8comix aura un impact (bon ou mauvais) sur les ventes de l'album.





Q : Il y a une contradiction flagrante entre vos revendications syndicales pour de meilleurs pourcentages de droit d'auteur sur les ventes numériques, et cette proposition de lecture gratuite. Vous êtes vraiment une bande de gros schizos. (Nicolas Fraisemolle)

R : Je te kiffe toujours autant, Nicolas.

Là où on pourrait penser que David Chauvel, Olivier Jouvray, Cyril Pedrosa ou moi sommes complètement bi-polaires, c'est que nous défendons effectivement d'un côté (via le syndicat) l'idée de meilleurs pourcentages dans les contrats nous reliant à nos éditeurs, mais que nous tentons aussi parallèlement une mise en ligne gratuite de certaines de nos oeuvres (gratuité qui, je le disais plus haut, ne convainc pas tous nos petits camarades du SNAC, preuve s'il en est qu'on peut être syndiqués sans être obligatoirement d'accord sur tout, ce qui est tout à fait sain).

Or à nos yeux, les deux choses ne sont pas incompatibles : nous voulons expérimenter tous les modèles, mais que chacun de ces modèles soit le meilleur possible pour les auteurs, point barre.

Si c'est le modèle payant qui s'impose (passant ou non par la plateforme d'un gros éditeur), alors nous voulons être payés plus que les fameux 8% du prix de vente, qui n'ont à ce jour toujours pas été justifiés de manière convaincante à nos yeux : nous attendons encore et toujours de recevoir les fameux "camembert de répartition" des coûts du numérique brièvement évoqués par le SNE... Rappelons qu'aux USA, on s'approche plus de 20 ou 30% du prix de vente numérique pour les auteurs !!
Ou alors nous demandons (comme je l'ai fait dans un précédent post) une limitation de la durée de cession de ces droits (et non une simple "clause de revoyure", pas du tout contraignante pour l'éditeur).

Mais si c'est le modèle gratuit qui risque de s'imposer, alors nous devons réfléchir dès maintenant à la manière dont les auteurs parviendront tout de même à être payés pour leur travail.

Et si vous voulez savoir vers quel modèle mon coeur penche en ce moment, à titre strictement personnel, c'est en fait sans doute vers un mélange des deux : le fameux "freemium" ("free" + "Premium"), qui mélange gratuité et "bonus payants"... Mais là, je n'en suis encore qu'au début de ma réflexion.




Q : Vous dites que 8comix est plutôt ado-adulte, et vous évoquez des tortures et des morts dans votre BD... Etes-vous sûr que "L'île aux 100 000 morts" est réellement pour "tout public" ?

R : A vrai dire, "L'île aux 100 000 morts" est à la frontière entre le tout-public et l'ado-adulte. Les thèmes abordés sont en effet assez durs (tortures, exécutions sommaires…) mais l'humour et le style de dessin instaurent à mon sens un décalage qui permet à un public plus jeune de bien se marrer (un peu comme dans Green Manor).
J'en tiens pour preuve la réaction enthousiaste d'un jeune lecteur de "Seuls", à qui j'avais brièvement présenté le projet avec Jason, et qui était déjà super excité à l'idée de bientôt lire cette BD "où y a des gens qui se font couper la tête".

Eh oui, je sais, il n'y a plus de jeunesse.

Mais joyeux Noël à tous quand même.


vendredi 5 novembre 2010

Débriefing général

J'ai reçu de nombreux mails et coups de fil en réaction à mon dernier post, qui a été relayé et enrichi par Sébastien Célimon, Bodoï ou un certain nombre de mes amis. Merci à tous !

Voici donc un reader-digest (forcément partiel) de ces réactions ainsi que de billets glanés ça et là sur le net, le tout agrémenté de jolies photos apaisantes et à fort contenu symbolique, destinées à apaiser mes lecteurs et à leur redonner foi en l'avenir.





1) Il y a d'abord les auteurs qui ont été démoralisés, comme le résume fort bien ce mail de Marion Montaigne :

>"Merci de m'avoir niqué le moral. Maintenant j'hésite à me jeter par la fenêtre ou à faire femme au foyer. Dans tous les cas, j'espère que mes enfants seront banquiers."





2) Il y a ensuite les auteurs qui me trouvent encore trop optimiste ou lacunaire dans mon exposé de cette triste situation, ce qui est tout à fait vrai, étant donné l'aspect volontairement synthétique de mon billet d'humeur.
Pour info, dans les extraits qui suivent, j'ai pris le parti de ne pas citer tous les noms, ne sachant pas toujours avec certitude si tous souhaitaient que leurs propos soient repris sur ce blog.


> "Figure toi qu'en ce qui me concerne, je n'ai touché que 1000 euros d'avance pour mon album !" (un blogueur dépité)


>"Tu oublies de préciser qu'il n'y a pas si longtemps, les auteurs étaient payés en fixe, c'est à dire qu'on leur payait directement le prix de leur page, et qu'ils touchaient ensuite des droits d'auteurs dès les toutes premières ventes de leurs albums... Un passé désormais révolu, en particulier depuis le rachat de Dupuis (qui était le dernier à le pratiquer couramment)..." (un dessinateur)


>"Un autre aspect pervers de cette diminution de l'avance sur droit est qu'elle pousse scénaristes et coloristes à multiplier les projets, pour conserver leur niveau de revenus, surtout quand précisément ils ne vivent que de leur art. Pas facile de garder un certain degré de qualité dans ces conditions..." (un scénariste)


>" Tu évoques les avances sur droit qu'un auteur peut espérer toucher, mais sans préciser qu'il ne s'agit là que d'un montant brut, c'est à dire une somme de laquelle devront être déduits des prélèvements pour la sécu, la retraite, et toutes ces sortes de choses, et comme il ne touche pas de congés payés, il est exclu qu'il s'accorde quelque repos que ce soit, faute d'en avoir les moyens. Donc cette avance, compte tenu de la baisse que tu évoques, n'est plus un montant "décent", puisque son brut est bien souvent inférieur à un salaire minimum net : un "vrai" salaire (brut) c'est en fait, à peu de choses près, un salaire net X2. Et l'artiste commun a tendance à juger "décente" une rémunération qui lui permet tout juste de vivre le temps de réaliser l'œuvre ce qui, en résumé, fait de lui un esclave (il ne vit que pour rester en état de travailler) alors même qu'il est un professionnel hautement qualifié, personne ne pouvant accomplir la même tâche que lui à sa place...
Une autre précision : dans le cas d'une BD, il est expressément et en noir sur blanc formulé DANS LE CONTRAT D'ÉDITION que l'éditeur attend de l'auteur qu'il PRODUISE L'ŒUVRE, et ce DANS UN DÉLAI BIEN PRÉCIS. Tu parles en effet du fait que l'auteur n'est pas tenu de rendre à l'éditeur les avances sur droits si les ventes n'atteignent pas le seuil escompté, mais ça n'est pas vrai dans tous les cas : en théorie, un auteur qui ne tient pas ses délais pourrait être tenu par l'éditeur de rembourser les avances !" (synthèse d'un mail de Bruno Bellamy)


>"Il y a aussi le cas des éditeurs qui ont leur propre équipe de commerciaux, qui maîtrisent la distribution/diffusion. C'est le nerf de la guerre : en touchant de l'argent sur chaque bouquin, sur les placements, les retours, les réassorts, la surproduction est une manne. Pas même besoin d'un gros best-seller, un bouquin est bouquin, le nombre fait l'affaire. Et le cumul des titres édités, c'est de l'argent plus sûr qu'un hypothétique succès." (Gwen)


>" Plus que la baisse générale des droits d’auteurs, il vaut mieux parler d’une inégalité croissante de ces droits. Toujours plus aux happy fews, et beaucoup moins à tous les autres. D'autre part, le système actuel va favoriser les révélations précoces et fulgurantes, au détriment d'un certain apprentissage dans la longueur" (synthèse de différents billets de Joseph Béhé)


>"Détail amusant (?), c'est mon petit éditeur qui m'a conseillé de lire ton post, en ajoutant que c'est bien la preuve que même si lui me paye peu, eh ben c'est pareil ailleurs..." (un dessinateur)


Preuve, concernant ce dernier mail, qu'il y a toujours un éventuel effet pervers à toute prise de position publique...





3) Mais il y a aussi ceux qui ne sont pas du tout (ou pas complètement) d'accord avec moi, et auxquels je vais répondre individuellement :


> "Que les auteurs de bd ne fassent plus partie désormais des honnêtes professions bourgeoises de bon père de famille, c'est un fait et depuis longtemps. Que nous soyons désormais sur le même pied que les poètes ou les écrivains, je trouve cela très normal, et très noble aussi. On gagne de l'argent quand on en rapporte, sinon pas." (un auteur)

On ne pourra évidemment jamais comparer totalement le statut d'artiste à une autre profession. Et il est clair que quelque soit le modèle économique du moment (ou celui à venir), il y aura toujours une place pour des oeuvres fortes, radicales, exigeantes qui naîtront parce qu'il sera vital pour leurs auteurs de les créer. Reste que je ne trouve pas déraisonnable, ou honteux, de vouloir envisager de gagner ma vie en faisant mon métier, qui est "auteur de BD". Qui plus est, je me méfie un peu de la mythologie qui entoure notre statut, ce côté "rebelle-donc-libre" de l'artiste, que le sociologue Pierre-Michel Menger compare paradoxalement à la forme la plus aboutie du libéralisme : un travailleur totalement indépendant, certes, mais sans aucun filet de sécurité, embauchable et débauchable à volonté, sans aucune forme d'indemnité, sans congé payé, etc... Vous retrouverez à ce sujet des entretiens très intéressants ici.



> "Je pense que tu vois les choses un peu trop en noir. Autant je serais pessimiste pour les éditeurs de dictionnaires, ou de guides touristiques, autant je suis confiant pour la fiction. Mais c'est vrai que nous vivons un moment charnière, et le numérique peut être vu comme une formidable opportunité de changer la situation. C'est précisément pour cela que nous devons trouver des solutions communes, un vrai partenariat entre éditeurs et auteurs, sur cette question du numérique : car est-ce que tu ne crois pas qu'il vaut mieux toucher un petit pourcentage d'un gros gâteau qu'un gros pourcentage d'un gâteau quasi-inexistant ? Or je trouve parfois que votre syndicat, le Snac, a plus tendance à sombrer dans l'extrémisme plutôt que de chercher des solutions raisonnées. Il est urgent de se rapprocher sur ces sujets." (un éditeur)

Je suis entièrement d'accord sur le fait que de nouvelles rencontres collectives entre éditeurs et auteurs sont indispensables. Je constate juste que ces "tables rondes" ont bien du mal à se mettre en place, puisque nous n'avons pas eu de rendez-vous avec le SNE depuis juin dernier, malgré nos demandes répétées et alors même que nous sommes visiblement tous d'accord sur un point : il est urgent de négocier de nombreux points sur la question du numérique (même si la révolution du net n'est qu'une partie de cette analyse globale).
De fait, nous restons très intéressés par une discussion commune autour des "camemberts de répartition" présentés par les éditeurs lors de notre dernière rencontre mais jamais rendus publiques depuis. Nous ne savons donc toujours pas précisément la manière dont ils parvenaient au fameux pourcentage de 8% pour les auteurs, par exemple.

Quant au Snac, je ne me prononcerai pas sur ses qualités et défauts car je manque sans doute de recul à ce sujet, mais force est de constater qu'il est le seul syndicat a avoir un groupement spécifiquement BD, contrairement aux autres organisations d'auteurs de livre... Il va donc bien falloir que Snac et SNE parviennent à se parler.


>"Vous essayez de nous faire croire que vous ne gagnez pas assez d'argent, peut-être ? Alors que je vois vos albums en supermarché ? On va pleurer dans les chaumières" (Nicolas Fraisemolle)

Peut-être me faut-il alors préciser que ce n'est pas ma propre situation qui me préoccupe, très cher Nicolas (ayant la chance de bien gagner ma vie grâce à des séries comme Seuls ou, depuis peu, Spirou), mais bien celle des jeunes auteurs voulant se lancer dans le métier.


>"Je ne connais pas Sfar personnellement, mais ça doit finir par le gonfler d'être ainsi constamment cité comme le parangon des auteurs qui "jettent " leurs dessins, une sorte de gros malin hyper-adapté au marché moderne... (...) Vous n'avez, je pense, aucune idée du temps qu'il passe sur ses planches, et de toute façon cet aspect quantitatif ne devrait même pas entrer en ligne de compte dans l'appréciation d'une oeuvre" (Fred).

Je crois qu'il y a malentendu, Fred. Mon post était certes lapidaire, c'est souvent le propre d'un billet d'humeur, mais contrairement à ce que tu sembles penser, je ne voulais absolument opposer la qualité des dessins faits "à l'ancienne", à celle des dessins faits par cette nouvelle génération d'auteurs que j'ai voulu symboliser via Joann Sfar, choisi parce que tout le monde le connaît. Il s'agit seulement pour moi de méthodes différentes de travail, et je le redis, de méthodes complémentaires : j'aime autant lire une BD de Bastien Vivès (qui en fait plusieurs par an), qu'une BD de Juanjo Guarnido, les deux ne sont pas opposées. Et je veux pouvoir continuer à lire les deux.

C'est sans doute le terme "jeté", non péjoratif dans mon esprit mais effectivement caricatural et peut-être maladroit, qui t'a peut-être donné cette impression erronée de mépris. Tu as parfaitement raison de dire que le temps que passe Joann Sfar sur ses pages n'a rien à voir dans mon appréciation de son dessin (que j'admire réellement). Qui plus est, je n'ai jamais laissé entendre que Joann dessinait beaucoup "exprès" pour s'adapter au marché. De ce que je crois connaître du personnage, il s'agit plus d'un besoin vital chez lui que d'un calcul quelconque. Je constate juste qu'il est capable de créer plusieurs oeuvres de qualité par an, et que ce talent n'est pas donné à la majorité des auteurs de BD.





4) Bon, et sinon, hormis d'hypothétiques avancées syndicales, il est quand même permis de se demander à quoi pourraient ressembler les mutations à venir, et les éventuelles solutions qui se présenteront à nous dans les prochaines années. Là encore, des constats et des idées sont à grappiller ça et là.

> "Les firmes de disque n'auraient pas été sauvées en verrouillant le numérique. Internet tue de l'emploi et en crée. Il ne faut pas pleurer sur l'évolution des choses. Grandpapier, c'est ça qui est malin." (un auteur)


> "La situation que tu décris a toujours existé chez les indépendants, qui ne réussissent que rarement à bien payer leurs auteurs. Ce qui est gênant ici, c'est que les gros éditeurs puissent appliquer des tarifs proches des petits éditeurs en terme d'avance sur droits. Donc peut-être que la suite logique des choses, c'est que les projets "indé" vont revenir là où ils ont initialement débuté : au sein des petites structures, comme c'était le cas il n'y a pas si longtemps, avant qu'ils ne soient en partie récupérés par de gros éditeurs ayant pressenti l'intérêt de ce courant d'air frais dans la BD. Ce rééquilibrage n'est peut-être pas un mal, non ?" (un auteur)

>"On a du mal à se souvenir, mais il y a quelques siècles les artistes peintres en vue recevaient le soutien de mécènes privés, publiques et religieux. Pourquoi ne pas créer des dispositions fiscales incitatrices de soutien à la création BD ? Chaque auteur en activité pourrait prétendre à recevoir le soutien d’une ou plusieurs sociétés contre, par exemple, des interventions auprès des clients, collaborateurs ou partenaires sur des questions de créativité, de rapport à la culture, assorties d’expositions dans les sièges des sociétés concernées." (extrait du post de Sébastien Célimon sur le Comptoir de la BD)

Cette solution, qui a fait bondir certains internautes, est en tous cas envisagée très sérieusement par de nombreux pôles de réflexion concernant le net (DailyMotion, Orange, etc...), qui réfléchissent entre autre à des partenariats publicitaires entre entreprises et "créatifs", comme cela m'a été rappelé lors d'un stage effectué récemment : "Produire pour le web, concevoir pour le Transmédia" (j'essaierai d'en reparler à une autre occasion, mais je rappelle d'ores et déjà pour les auteurs habitant en Ile-de-france, que des formations professionnelles gratuites vous sont proposées, grâce au boulot admirable du Motif : allez vite voir ici . Loué soit Frémion pour les siècles à venir).

Par contre, outre le fait que le mécénat semble en perte de vitesse depuis quelques années (la crise sévit partout), il m'est difficile de complètement me réjouir à l'idée d'une éventuelle collaboration avec une marque, ou une grande entreprise, même si nous serons à terme peut-être contraint de l'envisager. D'autre part, je vois mal comment ce "mécénat" pourrait aider des auteurs non confirmés.


> " Dans ton état des lieux, tu oublies aussi de parler de l'argent que perdent les éditeurs. Tu serais surpris de découvrir le nombre de très bons livres qui ne dépassent pas cinq cent exemplaires vendus. Cela dit je partage ton analyse sur notre métier. Nous attrapons les mêmes maladies que la littérature. C'est dû selon moi avant tout au fait que la plupart des éditeurs refusent de faire leur travail. Ils publient tout ce qu'on leur apporte et les jeunes auteurs vont au casse pipe.
La seule solution serait que les éditeurs réapprennent à refuser des projets, réapprennent à faire travailler un auteur. Mais j'en fais l'expérience tous les jours, dès que je demande à un jeune auteur de changer la plus infime chose à son projet, il me répond illico "je préfère aller chez Machin-de-la-Concurrence" qui me le prendra tel que"..." (un éditeur)


> "Le risque que la surproduction actuelle ne dure pas, et que les éditeurs soient forcés de trier, et de ne soutenir que les projets plus porteurs ... Tout cela nous ramène un peu aux années 50 et 60 où tout ne sortait pas en albums, mais où il y avait la prépublication en hebdo qui pouvait nourrir son dessinateur. Ne pourrait-on pas revenir à cette formule ? Et peut-être précisément via le net, sous forme de magazine numérique ?" (un auteur)

Cette question d'un renouveau des magazines, sous une forme papier ou numérique, est peut-être effectivement une des solutions qui se dessine, car elle pourrait permettre à des jeunes auteurs de faire leurs preuves plus facilement, d'expérimenter plus librement, sans la pression d'un premier album. Reste à trouver un modèle économique viable.

Cette idée est en tous cas un bon moyen de rebondir vers des projets et de nouvelles envies, plutôt que de continuer à broyer du noir. Je suis bien content.





Mais le mot de la fin revient sans conteste à David Chauvel :

> "La seule question qui vaille à la lecture de la dernière note de ce pauvre Fabien est : les images utilisées pour illustrer son post sont-elles bien libres de droit ?"

La peste soit de la Bretagne et tous ses Bretons.


mardi 26 octobre 2010

Auteurs de BD : vers une période d'extinction massive ?




Un post qui sera long et pessimiste, cette semaine, et j'engage donc les internautes au moral fragile à le zapper et à me retrouver plus tard, le temps que je fasse une cure de thalasso, un stage de kick-boxing, ou un autre truc délassant du même genre.

J'ai en effet eu de nombreuses discussions avec auteurs, libraires et éditeurs, à l'occasion de festivals et de déplacements pour la promo de Spirou, et le constat ressorti de ces échanges m'a passablement déprimé.





Pour la faire rapide, le mouvement global de l'industrie de la BD va depuis 3 ou 4 ans vers un rétrécissement accéléré et massif des "avances sur droit".

Avant de poursuivre, et ce pour les néophytes et les curieux, je dois résumer rapidement en quoi consiste ce système de rémunération des auteurs (je vous sens déjà impatients, petits fripons).





"L'avance sur droit" est une avance d'argent faite aux auteurs par leur éditeur pour leur permettre de créer une oeuvre, une somme qui sera ensuite récupérée par l'éditeur sur les premières ventes réelles des albums.

(Sans entrer dans les détails, et en mettant de côté la part du scénariste et du coloriste, nous pouvons estimer qu'un dessinateur pouvait jusqu'à présent espérer recevoir environ 12 000 euros pour un album - à la louche car ça varie en réalité beaucoup selon les auteurs - soit à peine 1000 euros par mois, puisque le dessinateur met généralement un an à faire un album. Ce n'est pas génial, mais cela permet de se consacrer à plein temps à son art.)

Le livre est ensuite mis en vente en librairie, et ses ventes permettent peu à peu de "rembourser" cette avance faite par l'éditeur : le seuil de remboursement varie considérablement selon le prix du livre, la taille de l'éditeur, mais fixons-le (une fois encore à la louche) aux alentours de 15 000 albums vendus. Ce n'est donc qu'après ces (très hypothétiques) 15 000 premiers albums vendus que les auteurs touchent leur part de droits d'auteurs, soit en moyenne 8% du prix de vente du livre (tandis que l'éditeur, notons-le au passage, aura déjà commencé à gagner de l'argent bien avant cela).





Notons quand même, pour rendre à César ce qui est César, que si les ventes n'atteignent pas ces fameux 15 000 exemplaires, l'éditeur ne demande pas aux auteurs de "rembourser" l'avance qu'ils ont perçu. Ouf.

Par contre, si ce genre de "mévente" arrive trop souvent, il n'est pas dit que l'éditeur ait envie de travailler à nouveau avec les susdits auteurs... Or dois-je rappeler qu'il n'existe pas d'Assedic pour les auteurs ? Un dessinateur qui se fait refuser ses projets par les éditeurs ne gagne plus un radis. Gloups.

Bref, ce constat global n'était déjà pas super brillant, mais voilà-ti-pas que ça se dégrade encore plus... Les ventes moyennes d'une nouveauté sont en effet passées depuis quelques années de 8000 à 5000 albums (quand ce n'est pas 3000). Bref, les ventes diminuent comme neige au soleil.





A qui la faute ?

D'abord à la surproduction d'albums (plus de 4000 nouveautés par an, contre 500 il y a quinze ans), mais aussi à la crise, qui frappe tout le monde (acheteurs de BD y compris). A cela s'ajoute l'épée de Damoclès du Numérique, qui fait craindre à tous les acteurs du livre un bouleversement majeur des modes de production et de commercialisation de la BD dans les années à venir, et qui a tendance à pousser chacun dans ses retranchements et ses crispations. Chacun se demande si son corps de métier ne sera pas le prochain à disparaître...





Résultat : les éditeurs se donnent moins de marge de manoeuvre pour prendre le risque de lancer des petits jeunes, les choisissant parfois plus pour leur "potentiel commercial immédiat" que pour leur apport artistique à long-terme, et/ou leur proposant quoi qu'il en soit des forfaits vraiment extrêmement bas.

On voit donc apparaître depuis quelques temps, chez de gros éditeurs, des propositions à 10 000 euros tout compris (scénario, dessin, couleurs) pour un livre de 46 pages (voire de 100 pages), quand ce n'est pas 5000 euros...

La palme est atteinte avec les blogueurs, qui se font parfois généreusement proposer 3000 euros pour un album complet (couleurs et scénario compris), alors même que la prise de risque a été entièrement prise par eux !! Car ce sont bien eux qui ont sué sang et eau pour produire les dessins gratos, et ce sont encore eux qui ont su trouver leur public !
Le lumpen-prolétariat de la BD est donc déjà en train d'apparaître. Et ça risque de faire un peu mal, quand même.





Alors, certes, être mal payé quand on débute, on y a tous plus ou moins été habitués dans la profession (encore qu'à ce point là, c'est une première)...

...Mais cette diminution des forfaits touche désormais aussi de nombreux "anciens", déjà professionnalisés depuis belle lurette. Des auteurs confirmés m'ont dit s'être vu proposer récemment des prix de pages inférieurs à ce qu'ils touchaient... à leurs débuts (pour cause de "marché difficile") ! La dégradation de nos conditions professionnelles semble donc globale et massive.

Tout cela me donne l'impression tenace et fort désagréable que l'industrie de la BD louche dangereusement sur les us et coutumes de la littérature, où, on le sait, les romanciers ne touchent que des avances symboliques ne leur permettant jamais de vivre de leur art. Après tout, si ça marche pour le livre "traditionnel", pourquoi ne pas essayer ce tour de passe-passe avec la BD ?...





Sauf que...

Sauf que je suis convaincu que ça ne peut pas marcher avec la BD.

La majorité des auteurs de BD n'ont pas de deuxième métier pour vivre, tout bonnement parce que cela leur est impossible !! Les dessinateurs, en particulier, ne peuvent pas produire 46 pages de bonne BD en un an tout en ayant un job dans la journée !
Ce modèle économique ne sera possible que si ces auteurs ne sortent qu'un album tous les 4 ou 5 ans (on peut dès lors oublier les séries), ou si le style de dessin devient de plus en plus "jeté", ce que tous les dessinateurs ne pourront pas réussir avec le même talent et le même succès qu'un Joann Sfar.

Du coup, la bonne nouvelle, c'est que comme je pense que ce modèle ne pourra pas fonctionner pour la BD, je pense aussi qu'il ne durera pas longtemps, car nos bien-aimés lecteurs demanderont progressivement à lire à nouveau des BD faites "à l'ancienne" (en plus de celles dites "jetées", l'une et l'autre de ces BD pouvant bien entendu cohabiter).

Mais "pas longtemps", à échelle humaine, ça peut quand même vouloir dire pas mal d'années...





Ma crainte actuelle est donc que toute une génération de jeunes auteurs soit sacrifiée, que la BD franco-belge se prenne un gros coup dans l'aile pendant 10 ou 15 ans, alors même que nous avons jusqu'à présent bénéficié d'un savoir-faire quasi unique dans le monde, précisément obtenu parce que la création a jusqu'à présent été (à peu près) rétribuée à sa juste valeur.





L'autre bonne nouvelle, c'est que je peux complètement me tromper dans mon analyse.

J'attends dès lors que nos chers éditeurs m'assurent rapidement que la chute des avances sur droit (et sa possible disparition) n'est absolument pas programmée ("Hahah, mais allons !"), et que je suis bien con de m'affoler comme ça ("Quel gros stressé, ce Vehlmann !").

Enfin, dernière possibilité : ce post est peut-être tout à fait pertinent et finement senti, mais sera résolument obsolète d'ici à peine quelques années, parce que le modèle numérique aura complètement changé la donne et que plus rien ne sera comme avant : les cartes seront alors totalement redistribuées...

On en reparle dans 5 ans.

mardi 8 juin 2010

Oh non !! Encore du "Bob le Cowboy face au numérique" !!

Pour le plus grand déplaisir des amateurs de beau dessin, voici donc du "Bob en veux-tu en voilà".


Résumé des épisodes précédents :

Bob le Cowboy veut se lancer dans l'adaptation numérique de ses aventures. Mais il doit faire face à "Pwalock l'éditeur", qui n'est jamais à cours d'arguments percutants.








vendredi 21 mai 2010

J'ai beau essayer de m'en empêcher, en ce moment j'arrête pas de faire du Bob.

Il faut dire que cette formidable série m'a valu de très beaux compliments, telle cette critique tout à fait émouvante de Bercovici : "Une des BD les plus réalistes que j'ai lues depuis longtemps".


Mais je vais quand même arrêter un petit peu, histoire de vous soulager les yeux.


Résumé des épisodes précédents :

Bob le Cowboy veut se lancer dans l'adaptation numérique de ses aventures. Mais il doit faire face à "Pwalock l'éditeur", désormais accompagné de "Jimmy le directeur de collection", personnification vivante de l'expression "avoir le cul entre deux chaises".








samedi 8 mai 2010

Hoho ! De nouveaux épisodes de "Bob le cowboy face au numérique" !

Nous avons eu une assemblée générale du syndicat, le 5 mai dernier.

Hé bien voilà qui m'a donné envie de vous offrir trois nouvelles demi-planches de Bob, petits veinards !!

Résumé des épisodes précédents :

Bob le Cowboy veut se lancer dans l'adaptation numérique de ses aventures. Mais il doit faire face à "Pwalock l'éditeur", un terrible adversaire qui n'a pas sa langue dans sa poche...








samedi 3 avril 2010

Les nouvelles aventures de Bob le Cowboy !!

J'avais initialement prévu de vous refourguer sans complexe les anciennes aventures de Bob, mais l'actualité syndicale m'amène à vous offrir de nouveaux épisodes !!

Voici donc...





Résumé des épisodes précédents :

Bob le Cowboy veut se lancer dans l'adaptation numérique de ses aventures. Mais il devra faire face à "Pwalock l'éditeur", son terrible adversaire...

Un duel sans merci s'engage au Saloon du Livre.